Voix d'Afrique N°75.....

 

Un missionnaire en avion, ça ne se voit pas tous les jours ; nous en avons rencontré un, Denis Esnault. Pour lui, l'avion n'est pas un sport, une aventure dans les airs : c'est avant tout un service, le service de ceux qui sont loin de toute route, loin de toute capitale, c'est le service des pauvres qui sont tellement loin du monde qu'on finit par les oublier. Oubliés de tous, sauf de Dieu !


Les pieds sur terre, les yeux vers le haut
Denis a les pieds bien sur terre, mais il a pris l'habitude, dès l'enfance, de regarder vers le haut. Son père était architecte, conservateur des monuments historiques dans l'Eure et l'Eure et Loir. C'est à son école qu'il apprend les voûtes et les ogives, les clochers et les portails, les colonnes et les chapiteaux. Sixième de douze enfants, il apprend très vite à bricoler, à se débrouiller, à imaginer, à manier scies et tournevis, pour aider les autres moins doués du côté manuel. Il n'est guère attiré par lettres ; il préfère ce qui se touche, ce qui pèse dans la main et qui vole dans le vent. Après son bac technique, il se dirige vers l'électronique, étudie l'électronique à Angers et obtient une bourse pour aller poursuivre ses recherches au Canada. Il y étudie les circuits intégrés et s'initie aux secrets de la simulation sur ordinateur. Il est embauché par le CNRS et part en Afrique, à Brazzaville pour travailler sur les stations d'écoute des satellites.

L' appel de l'Afrique
Mais il n'a pas oublié pour autant les camps scouts de sa prime jeunesse, les discussions dans les groupes d'étudiants de la JEC, les pèlerinages à Chartres. Au Canada, il va visiter les pauvres avec une équipe des Conférences de St. Vincent de Paul. Petit à petit, la question de son avenir mûrit. Etre ingénieur en électronique ? La perspective ne le séduit pas. A l'église, on prie pour les vocations. S'agit-il de la vocation des autres, ou de " ma " vocation à moi ? L'Afrique l'attire : pendant quatre ans à Brazzaville, il a été séduit par les relations simples, les amitiés cordiales, la simplicité de la vie des Congolais. " Et si c'était là, ma vocation ? ". Il rencontre les Pères Blancs à Paris d'abord puis à Strasbourg. Il franchit le pas ! Il donne sa démission du CNRS. Il faut dire que les Pères Blancs ont tout fait pour le séduire : les temps de prière et de réflexion étaient suivis de soirées fraternelles autour d'une plantureuse choucroute et d'une bouteille de gewurztraminer dans la " petite France ", quartier pittoresque de Strasbourg.

Au cur de l'Afrique
Il fait son serment missionnaire et est ordonné prêtre à Châteaudun en 1978. Il est envoyé au Congo, appelé alors Zaïre. La province d'Ituri est comme au carrefour entre l'Ouganda et le Soudan, au point de rencontre entre les cultures bantou et nilotiques. Il se met à l'étude de la langue, comme tous les missionnaires. Il apprend le " logbara " et prend sa place dans le programme des tournées avec les autres missionnaires. Chaque fin de semaine, il arrime la caisse chapelle, son sac de couchage et son bréviaire sur sa moto et part visiter quelques communautés chrétiennes, quelques groupes de catéchumènes, quelques villages d'amis dans la région de la mission. Mais c'est un scientifique : il se fait vite embaucher à l'école secondaire de Mahagi pour y enseigner non pas le français, pour sûr, mais les sciences à des classes de jeunes étudiants congolais. Il regroupe tous ses cours le lundi et mardi pour être libre à la paroisse tout le reste de la semaine.

Pilote
Le Congo est immense et la capitale, Kinshasa, est à près de deux mille kilomètres. Les routes sont à l'abandon et les pistes de plus en plus ravinées, impraticables pour tout véhicule. Cela fait quelques années déjà que le diocèse de Kasongo, plus au sud, s'est équipé d'un petit avion, pour approvisionner les missions, transporter les malades et garder le contact entre les missionnaires. Autrefois Denis avait fait du parachutisme et du pilotage d'ULM en France. Il avait même passé un premier brevet théorique. Il est à peine surpris quand on lui demande de donner un coup de main au missionnaire pilote qui a de la peine à faire face à toutes les urgences. Il passe son brevet de pilote et prend du service à Bukavu. Deux ou trois jours par semaine, il prend les airs pour transporter des malades, des remèdes, de la nourriture d'un coin de la région à l'autre. Quand il est sur terre, il s'occupe de l'organisation de ses voyages, de l'entretien de l'avion, de l'approvisionnement en carburant, et également des inévitables réparations des motos, mobylettes et autres véhicules du diocèse. Grâce à lui, les églises et les petites communautés sont visitées, les missionnaires ne sont jamais en panne. Il arrive même à remettre en service une turbine de 40KW pour produire de l'électricité de Bukavu. Il entretient l'imprimerie de Bukavu. Cela demande des heures avec les mains dans le cambouis, et des heures à commander des pièces, compulser les catalogues et à trouver les fonds pour faire tourner toutes les machines. Le service aérien est autofinancé, ainsi que l'imprimerie et le garage, mais il y a toujours des réparations majeures et des améliorations à apporter dans tous les secteurs de son service.

La mission continue
Il y a deux mille ans, en Palestine, Jésus avait bien recommandé à ses disciples de ne prendre qu'un bâton et une paire de sandales. Denis Esnault y pense souvent ! Mais Saint Paul, l'apôtre des nations, avait bien besoin de bateau et d'un cordonnier pour ressemeler ses chaussures ! Et il était sans doute très heureux de fabriquer quelques tentes pour donner un abri à ses amis ! Aujourd'hui, les moteurs remplacent les bâtons et les avions tiennent lieu de caravanes. Et la mission continue !

Voix d'Afrique


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