Voix d'Afrique N°76.....

BRUNO,
LE FRERE
DE L'AFRIQUE

L'appel du garçon boucher

Simon Pierre, André et les autres étaient pêcheurs sur le Lac, en Palestine ; Mathieu était percepteur d'impôts à Génésareth ; Bruno était boucher charcutier, à Roubaix. Comme en Palestine, c'est le même appel : " Viens et suis-moi ". Les premier disciples avaient appris de leurs ancêtres le lac, les barques et les filets ; Bruno avait appris la boucherie de son père et envisageait de continuer ce commerce. Encore jeune apprenti, il va un jour à la librairie du Furet, à Lille, pour chercher quelque livre sur ce métier ; il n'y trouve rien, peine perdue. Il rode tout de même à travers les rayons ; il tombe sur un petit livre : " Mère Thérésa ". C'était déjà une figure populaire depuis qu'elle avait reçu la Prix Nobel de la Paix. Le livre n'était pas très gros, sa taille convenait à Bruno, qui n'était pas un intellectuel. C'était le déclic : "Toi aussi, viens et suis-moi ". Va-t-il suivre le chemin de la religieuse ? Serait-il missionnaire de la charité ? Il y réfléchit.

Premières rencontres

Pendant son service militaire, chez les parachutistes de Tarbes, il rencontre un séminariste avec qui il aime discuter et partager, car la question continue à le tarauder. Sitôt le service militaire terminé, son ami séminariste lui fait rencontrer un des responsables du grand séminaire de Lille. " Bruno, il faudrait d'abord que tu fasses connaissance avec l'Eglise. Tu devrais t'engager dans ta paroisse ", lui conseille ce formateur de prêtres. Bruno s'engage donc dans quelques activités auprès des jeunes de sa paroisse. Nous sommes après Vatican II : Bruno continue de réfléchir et finalement se décide à entrer au grand séminaire de Lille. C'est là qu'il rencontre des étudiants Pères Blancs avec qui il se lie d'amitié. Ils l'invitent à un repas, à des rencontres très informelles. Bruno est très vite attiré par l'ambiance fraternelle, joyeuse et conviviale de communauté et le projet africain des étudiants de son âge. " Et si c'était là qu'Il m'appelle ? " Il fait sa demande et est accepté pour la deuxième année de philosophie.

Frère missionnaire

Il est sur les rails ! à Fribourg, il suit la première étape de formation spirituelle. L'isolation du reste du monde lui pèse un peu, mais il sait pourquoi. Il ira quand même faire une expérience apostolique auprès des Compagnons d'Emmaüs à Lausanne. Enfin arrive la prochaine étape, le stage missionnaire. Bruno est envoyé à Kinshasa, au Congo. Quelques heures d'avion, mais quelle distance : c'est la chaleur après les neiges des Alpes, c'est la ville grouillante après l'ordre et la discipline helvétiques, c'est la nuit sous les moustiquaires, les moustiques et le paludisme après les fraîcheurs suisses.

Bruno, bon animateur de radioIl commence à apprendre la langue, mais se sent plus attiré par l'enseignement de la religion dans des collèges congolais. Décidément il est fait pour cela, l'enseignement des jeunes. Il vit et travaille avec des missionnaires d'Afrique prêtres, dans d'immenses paroisses, des activités multiples et des engagements variés. Bruno commence à discerner qu'il n'est peut-être pas appelé à la pastorale paroissiale, mais à la rencontre et l'enseignement des jeunes. Lorsqu'il revient en France et commence ses études de théologie à Toulouse, son projet devient plus précis. Il sera missionnaire frère. Il en discute avec les responsables et finalement il est appelé à prononcer son serment.

A Kinshasa

Et il repart pour Kinshasa. Il y restera six ans, au milieu des jeunes de la paroisse, celle-la même qu'il a connue pendant son stage. Il se sent vraiment chez lui. Il suffit de passer la porte de la maison pour rencontrer les gens : des femmes occupées aux tâches ménagères, des hommes qui se reposent en bavardant après une journée de travail, des gamins qui tapent dans un méchant ballon de football . Les Africains ont toujours le temps pour demander des nouvelles, partager ses soucis, commenter les événements. Les Kinois (habitants de Kinshasa) du quartier vivent encore dans des petites cases faites de bric et de broc ; aucun mur ne sépare les parcelles et on peut aller d'une famille à l'autre sans avoir à sonner à aucune porte, sans avoir à se présenter.

Bruno fait partie de la vie du quartier. Il connaît suffisamment la langue pour se faire accepter et il trouve toujours assez de jeunes pour lui indiquer le chemin dans le dédale des ruelles. Les enfants et adolescents se rencontrent régulièrement pour jouer, danser, chanter et prier selon la culture africains, Kizito pour les garçons, Anuwarité pour les filles, c'est l'équivalent de ce qu'on appelait autrefois les "Curs Vaillants " et les "âmes vaillantes ", mais bien adaptés au monde africain.

A Bunia

A l'autre bout du Congo, 2000 km. à l'est, les Missionnaires ont besoin de quelqu'un pour s'occuper des enfants des rues. Bruno est envoyé à Bunia, une grande ville proche des frontières avec l'Ouganda. La situation pendant les années 2?000 est instable. Beaucoup de gens ont fui dans la forêt, des soldats occupent les lieux, des ethnies s'opposent violemment, et des gamins errent dans les rues sans famille, sans sécurité. Les missionnaires sont restés, malgré l'insécurité. Les jeunes se regroupent autour d'eux. Certains ont réussi à se procurer un émetteur de radio. Ils lancent une animation qui est très écoutée dans la ville.

Lorsque revient la paix, les émissions seront reçues dans toute la région. Les écoles ouvrent de nouveau. Les missionnaires ouvrent une bibliothèque à la disposition des étudiants. Bruno est encore étonné d'être passé à travers ces années de trouble sans jamais avoir eu vraiment peur. Au milieu des tensions, des tirs de fusils et de mitraillettes, il garde la paix intérieure. "Ne craignez pas, c'est Moi " dit le maître à ses disciples dans la tempête. A côté des Africains, Bruno apprend la valeur du présent : on ne sait pas ce que sera demain ; accueillons l'aujourd'hui et ses grâces, avec humour plus qu'avec résignation, avec sérénité plus que dans la peur. Une parole demeure toujours présente dans son cur : " Ce que vous avec fait au plus petit de mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait ". Le Christ est là, et pas ailleurs. C'est là, avec les enfants et les pauvres, que la rencontre, la communion se produit. Peu importe le reste.

Aujourd'hui

Bruno a été appelé à Paris : l'économe provincial (Jean Chaptal, voir article précédent) a besoin de lui comme comptable. Il n'est pas sûr d'être vraiment doué pour les chiffres, mais les Africains lui ont appris à prendre chaque jour tel qu'il vient. C'est toujours l'appel qui résonne : "Viens, suis-moi. "

Voix d'Afrique


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